Les repas de Chabbat et des fêtes sont des sommets de sainteté et de joie. Pourtant, pour celui qui lutte avec une relation difficile à la nourriture, à la compulsion ou au tout ou rien, ces moments peuvent devenir des terrains glissants. Comment honorer la sainteté du jour sans tomber dans l’excès, la culpabilité ou la perte de contrôle ? Explorons ensemble une voie de Torah, équilibrée, profonde et concrète.
Comprendre la sainteté du plaisir : manger comme un korban

Chabbat n’est pas un jour d’ascèse. C’est un jour de délice. Le prophète dit :
Yeshayahou 58:13 : “Et tu appelleras le Chabbat délice.”
Le plaisir fait partie de la mitsva. Rav Dessler explique que la Torah ne demande pas d’écraser les forces du corps, mais de les élever. Le repas de Chabbat est comparable à un korban : on apporte la matière pour la sanctifier.
Rav Miller décrit le korban comme un moment où l’homme offre symboliquement son propre sang et sa propre chair à Hashem. De même, lorsque nous mangeons le vendredi soir avec conscience, nous ne nourrissons pas seulement notre corps : nous élevons l’acte de manger vers la proximité divine.
Mais si l’on mange sans conscience, mécaniquement, sous l’impulsion, l’expérience peut perdre sa dimension spirituelle. Le plaisir reste, mais la kedoucha disparaît.
La question n’est donc pas “combien je mange”, mais “comment je mange”.
Planifier avant et pas pendant
Le piège principal des repas festifs est de décider dans l’instant. Pendant le repas, l’odeur, la pression sociale, l’abondance, la fatigue accumulée de la semaine diminuent la lucidité.
Le Messilat Yesharim enseigne que l’homme doit vivre avec zehirout, vigilance :
Messilat Yesharim, chap. 2 : “L’homme doit examiner ses actions et surveiller ses voies.”
La surveillance ne commence pas au moment de la tentation, mais avant.
Concrètement :
- Décider avant Chabbat combien de plats principaux je prends.
- Définir à l’avance si je prends ou non du dessert.
- Prévoir une portion raisonnable.
- Manger lentement et poser les couverts entre les bouchées.
Cette préparation n’est pas de la rigidité. C’est de la liberté.
Celui qui décide avant est libre pendant.
Rav Wolbe écrivait que la discipline choisie est une forme d’amour de soi, non de violence intérieure.
S’autoriser le plaisir avec des limites conscientes

Beaucoup tombent dans deux extrêmes :
- Soit je me lâche complètement.
- Soit je me prive totalement.
Or la Torah n’est ni l’excès ni l’annulation. Le Rambam enseigne la voie du juste milieu.
Chabbat est un jour de oneg, mais pas un jour d’oubli de soi.
La joie vient de la conscience, pas de la quantité.
Kohelet 9:7 : “Mange ton pain avec joie.”
Remarquons : il ne dit pas “avec excès”, mais “avec joie”.
La joie vient lorsque :
- Je goûte vraiment.
- Je remercie Hashem.
- Je mange en présence des autres.
- Je parle de Torah.
- Je chante.
Lorsque l’âme est nourrie, le corps réclame moins.
Rav Kook écrit dans Orot HaTeshuvah :
Orot HaTeshuvah 6:5 : “La téchouva élève la vie elle-même.”
Cela signifie que le retour vers Hashem ne détruit pas la vie matérielle ; il l’élève.
Le plaisir reste, mais il devient lumineux au lieu d’être lourd.
Éviter le tout ou rien après un excès
Le vrai danger n’est pas l’excès ponctuel.
Le vrai danger est la réaction intérieure.
Après un repas trop copieux, beaucoup tombent dans :
- La honte.
- Le découragement.
- Le “c’est foutu”.
- Le “de toute façon je n’y arriverai jamais”.
C’est exactement ce que Rav Dessler appelle le piège du yetser hara : pousser à l’extrême puis écraser par la culpabilité.
Rav Kook écrit : Orot HaTeshuvah 2:2 : “La téchouva vient de la profondeur de la bonté.”
La téchouva authentique n’est pas violence, mais douceur lucide.
Si j’ai trop mangé :
- Je reconnais sans dramatiser.
- J’apprends pour la prochaine fois.
- Je continue normalement.
- Je ne compense pas par une privation extrême.
Une chute n’est pas un sabotage, c’est une information.
Rabbi Nahman enseigne : Likoutey Moharan I, 282 : “Il faut chercher le point de bien en soi.”
Même après un excès, il y a du bien :
- J’ai chanté.
- J’ai honoré le Chabbat.
- J’ai partagé avec ma famille.
Ce regard change tout.
Transformer le repas en avodat Hashem

Le Baal HaTanya explique que l’intention transforme l’acte.
Lorsque je dis intérieurement :
“Je mange pour avoir de la force pour servir Hashem”,
le même morceau de viande change de dimension.
Rav Ginsburgh souligne que le corps, l’âme et l’esprit ne sont pas opposés mais intégrés. Le problème n’est pas le corps, mais la coupure entre corps et âme.
Avant de commencer le repas, prendre dix secondes :
- Respirer.
- Dire une phrase intérieure.
- Se rappeler que c’est un repas saint.
Cette simple pause réintroduit la conscience.
Répondre aux objections
Certaines personnes disent :
“Mais Chabbat est fait pour se lâcher.”
Oui, Chabbat est fait pour relâcher la tension.
Mais relâcher n’est pas perdre la maîtrise.
D’autres disent :
“Si je mets des limites, je ne profiterai plus.”
En réalité, l’excès diminue le plaisir.
La mesure prolonge la joie.
La Torah n’est jamais contre la joie.
Elle est contre l’oubli de soi.
Conclusion : la liberté intérieure du Chabbat
Chabbat est un avant-goût du monde futur. Un monde où le plaisir et la lumière ne s’opposent pas.
Apprendre à gérer les repas de Chabbat, ce n’est pas apprendre à se restreindre.
C’est apprendre à vivre le plaisir avec présence, dignité et gratitude.
Planifier avant. S’autoriser avec conscience. Ne pas tomber dans le tout ou rien.
Chaque repas devient alors un petit korban, une offrande intérieure.
Et si parfois nous trébuchons, souvenons-nous : la téchouva commence toujours par la bonté envers soi-même.
Puissions-nous mériter de vivre nos Chabbatot avec équilibre, joie et élévation, et découvrir que la maîtrise n’enlève rien à la lumière du jour saint – elle la révèle.
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Points clés à retenir :
- Planifier les portions avant le repas.
- Décider consciemment des limites.
- Se rappeler que le plaisir de Chabbat est une mitsva.
- Éviter la culpabilité excessive après un excès.
- Transformer le repas en moment de conscience et de gratitude.
- Rechercher l’équilibre plutôt que le tout ou rien.